Critique de Luis Porquet

Les peintures de László Mindszenti semblent exprimer la part la plus légère et lumineuse de l'être. L'air est l'élément dans lequel elles prennent corps. Les créatures qu'elles mettent en scène sont porteuses d'un message de paix. Aucune violence ne vient contrarier leur essor. Elles ressemblent à ces hôtes du ciel que le retour du printemps fait surgir au-dessus de nos têtes. Leurs mouvements étourdissants s'accordent à la musique des sphères, au ramage des anges, au ballet crépitant des astres. Ayant dû, en pleine jeunesse, affronter l'épreuve et la meurtrissure de l'exil, László Mindszenti n'ignore ni la souffrance, ni le prix de la liberté. Comme Shakespeare, le grand visionnaire, il connaît le travers de l'homme et sait de quelles actions infâmes son semblable est capable quand le besoin de domination anéantit en lui tout sens de la mesure et du respect élémentaire. Mais la conscience de l'ombre ne fait qu'accroître l'impérieux appel de clarté auquel toute vie, par nature et par vocation, aspire profondément. Le peintre l'a compris, car il cultive en lui l'instinct du tournesol. László sait que le paradis n'est pas un lieu enclos de murs épais et protecteurs, mais un état auquel chacun, s'il le désire, peut accéder sans passeport. Peintre des mots, à l'origine, il est devenu poète des images et ces deux atouts conjugués laissent entrevoir un horizon paisible à l'âme humaine, un espace de quiétude où tout rêve devient possible. L'étoile viendra sur le jardin détruit a écrit Georges Schéhadé, immense poète de langue française. A cette parole, Roger Judrin aurait pu ajouter ceci : Ne te retire pas du monde A moins qu'un monde en toi Te conduise au désert Où te servent des anges Si le monde de László paraît souvent plus paisible, plus vrai, plus lumineux que celui dans lequel nous nous débattons chaque jour, c'est qu'il a fait de sa fragilité une source jaillissante, un antidote à l'arrogance des miliciens du désespoir. Ce monde subtil et généreux nous dit que le salut est du côté de la beauté, de la ferveur et de l'amour. Car celui qui rêve, écrivait encore Schéhadé, celui qui rêve se mélange à l'air. A chacun, maintenant, de suivre son étoile.

Luis Porquet , critique d'art, 28 mai 2008